Interview

Interview de Claire FASCE-DALMAS

Propos recueillis par Nadia Toladeur

1. Bonjour, Claire Fasce-Dalmas, pouvez-vous présenter ?

Je suis mère de famille et grand-mère. J’ai soixante ans… tout rond, tout neuf. Je partage mon temps entre ma vie familiale, mon bénévolat dans une association sportive et l’écriture de romans. J’aime la musique, le sport en général (je pratique du Viet Taï Chi) et la lecture (principalement de romans policiers, mais pas que).

 2. Dans votre livre Un loup dans la bergerie, l’héroïne porte le nom de Chléo Faisceau et exerce le métier de romancière, peut-on y voir un clin d’œil ?

On peut. Je voulais que mon héroïne me ressemble (pour mieux la décrire) sans être tout à fait moi. Elle a 4 enfants comme moi : 3 garçons et 1 fille, mais moi je n’ai pas de jumeaux. Elle est un peu enveloppée, mais moins que moi à l’époque où j’ai écrit ce roman (depuis j’ai maigri… comme elle dans le second roman, mais pas pour les mêmes raisons). Elle a les cheveux longs bouclés et châtain, des yeux noisettes. Elle écrit des romans… Elle a aussi mon caractère et mes initiales (son vrai nom est Chléo Faisceau-Desfontaines).

3. Vous situez vos polars toujours dans la ville de Marseille, pourquoi ?

Tout simplement parce que je suis né, j’ai grandi et vit toujours à Marseille. Ne parle-t-on pas mieux que de ce qu’on connaît bien ?

 J’aime ma ville, son soleil, son mistral, sa mer (même si je ne m’y baigne que très peu, j’aime la voir), son ciel bleu, son histoire, son accent (même s’il se perd un peu), son vocabulaire particulier (qui se perd aussi, malheureusement). Mais j’envisage de situer de futurs décors dans un secteur géographique  plus large… on verra.

4. L’on dit souvent que l’écriture émane d’une prise de conscience, d’un élément déclencheur, le confirmez-vous ?

Oui et non. En ce qui me concerne, le besoin d’écrire date de l’enfance. Pour tout dire, je suis atteinte de surdité partielle depuis l’âge de 4 ans (découverte à 10 ans). Lorsqu’on est malentendant, on est aussi dans « sa bulle », on s’exprime peu. Je suppose donc qu’à un moment donné, j’ai dû vouloir m’extérioriser d’une façon autre qu’en parlant. – Je m’exprime d’ailleurs toujours très mal à l’oral. Je préfère de loin l’écriture. – J’ai donc commencé par les poèmes et les contes. Malheureusement je jetais tout au fur et à mesure parce que  j’étais nulle en Français, dixit mes enseignants. Je n’ai commencé à garder mes poèmes (et que les poèmes) que vers l’âge de 18 ans. L’idée d’écrire un roman est venue plus tard… juste pour occuper mon temps, disons pour « rêver toute habillée ». J’ai une imagination débordante et j’avais envie de voir ce que ça pouvait donner en mettant en mot les images qui se formaient dans ma tête.

5. Avez-vous « adopté » un rituel d’écriture ?

Non. Je n’ai pas de rituel particulier. J’écris surtout l’après-midi (le matin, je suis plutôt accaparée par les tâches ménagères qui incombent à toutes mères de famille : linge ménage, courses etc. J’ai encore 2 grands enfants – même s’ils sont adultes – à la maison).

Je n’ai pas d’horaire précis. Je commence quand j’ai fini la vaisselle de midi et j’arrête quand il faut préparer le repas du soir, un peu plus tard les weekends ou durant les vacances puisque c’est mon mari qui se charge de ces besognes.

Comme je m’occupe d’une association sportive, certains jours je suis prise par quelques obligations, dans ces cas-là, je n’écris pas.

Parfois, je m’y remets le soir quand le programme télé ne me convient pas. En gros, j’écris quand je sais que j’ai un minimum de deux heures devant moi.

6. Quel conseil donneriez-vous à un jeune écrivain qui hésite à se lancer dans l’écriture de son premier livre ?

Je crois que le plus important, c’est de rester soi-même. On n’écrit pas pour devenir écrivain, on écrit pour se révéler à soi-même. Je ne crois pas qu’on puisse s’improviser « écrivain ». Ce sont les lecteurs qui font d’un auteur un écrivain. Il est donc important d’écrire sans arrière-pensées, sans chercher à sortir l’œuvre du siècle. C’est au lecteur de décider. On écrit d’abord pour se faire plaisir. Comme on dit : ça passe ou ça casse. Et si ça casse, ce n’est pas grave, on se sera au moins fait plaisir.

 7. Est-ce le parcours du combattant pour se faire publier à ces débuts ?

Alors, là, carrément oui ! À moins de sortir le best-seller de l’année (ou avoir les bonnes « manches »), on ne trouve que des éditeurs à compte d’auteur (qui vous réclament une certaine somme pour vous éditer. C’est ce qui m’est arrivé, d’ailleurs. Un loup dans la Bergerie a été publié par un premier éditeur à compte d’auteur. Je l’ai fait parce que cela me tenait à cœur, parce que c’était le moment où jamais. Les enfants étaient sortis du système scolaire. Je ne pensais pas à ce moment-là en sortir un second. Ce sont les lecteurs qui m’y ont poussé. Du coup, il m’a fallu en chercher un autre : mon éditeur actuel. Toutefois, ce n’est pas forcément la bonne filière (peu de promotion). Pourquoi ne pas présenter mes ouvrages ailleurs me direz-vous ? Tout simplement parce qu’ailleurs, c’est pareil. L’éditeur est un entrepreneur comme un autre, il cherche son profit, point ! C’est donc à l’auteur de s’investir et de se montrer rentable, ensuite, seulement on discutera promotion. Quant aux « gros éditeurs », ils sont surchargés de demandes. Tous les auteurs sont persuadés que leur livre est le meilleur, mais ce n’est pas forcément l’avis des éditeurs qui préfèrent vous renvoyer le manuscrit (parfois sans même l’avoir ouvert) en vous disant qu’il n’entre pas dans leur ligne éditoriale. Mon éditeur a  au moins le mérite de publier mes livres, à compte d’éditeur pour l’instant. Beaucoup de mes amis auteurs ont préféré choisir l’autoédition pour ne pas voir leur ouvrage rester sur le carreau.

8. Depuis combien d’années écrivez-vous ?

J’ai plus ou moins répondu à cette question, plus haut. Je me suis lancée véritablement dans l’écriture de romans que tardivement. Je dis souvent : lorsque mes enfants ont commencé à me laisser tranquille, c’est-à-dire quand ma dernière est entrée au collège (environ au début des années 2000). Mais j’ai vadrouillé dans divers genre avant de me lancer réellement dans le roman policier et tout à fait par hasard d’ailleurs. Ça a été le coup de foudre ! Le premier roman (un loup dans la Bergerie) est paru en juin 2012.

9. Il est dit que tout écrivain met de sa vie dans ses ouvrages…qu’en pensez-vous ?

Totalement d’accord. Je pense même qu’il est impossible de ne pas mettre un peu soi. Je dirais que nos ouvrages sont notre vie éparpillée en éclats… on la distille par-ci, par-là, sous forme d’anecdotes.

10. Comptez-vous écrire d’autres types de romans que du polar ?

Peut-être… ou pas.

En réalité, au début, je ne me sentais pas destinée au polar. Comme je l’ai dit plus haut, je m’y suis mise par hasard. Parce que c’est un genre que je lis volontiers et je suis très fan des séries télévisées de ce type.

Lorsque j’ai commencé à écrire « un loup dans la Bergerie » c’est parti tout seul, mais je l’ai d’abord mis de côté parce que « les morts, c’était pas mon truc ». Auparavant, après quelques autres essais (un roman d’anticipation et une biographie familiale), je me suis lancé dans l’écriture d’un roman fantastique (mais pas de type » fantasy », c’est plutôt un conte actuel pour adultes ou grands enfants). Mais il a deux gros défauts : d’abord, il n’a pas de fin ou, plus précisément, la fin ne me convient pas ; ensuite, chaque fois que je le reprends, il grossit. Ce n’est plus un roman, mais un accordéon !

Je l’ai abandonné pour rouvrir mon polar m’apercevant que là, l’histoire était finie et bien ficelée. Je me suis donc décidée à me lancer dans l’aventure de sa publication et les autres ont suivi.

À l’heure actuelle, je prépare une nouvelle série policière dont je compte présenter le premier opus au prix du quai des orfèvres 2018.  L’ouvrage est prêt. Je ne vais pas tarder à l’expédier.

En attendant, j’aimerais sortir un autre livre en 2017,  mais comme je ne veux pas sortir le second opus avant le premier, je me suis décidée à reprendre mon « accordéon », dans le but de le présenter à mon éditeur. J’ai donc éclaté mes deux gros tomes en, pour l’instant (ça pourrait changer), 6 volumes (sinon ça ferait deux tomes de 500 pages voire plus… peu crédibles pour ce type de romans, à mon avis). J’ai repris les 5 premiers sans problèmes, ils me conviennent, mais reste le sixième (en cours de réécriture) me pose toujours des soucis, et je ne veux pas lancer les premiers, s’il n’y a pas de fin convenable. Je ne veux pas non plus bâcler la fin juste pour sortir un livre.

Donc voilà, il y aura peut-être un autre type de roman dans ma bibliographie… ou pas.

Je vous remercie Claire pour cette interview et je vous souhaite la réussite dans tous vos projets.

 

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